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Comment bien utiliser ses pieds en danse classique ? (1/2)

Après avoir vu ensemble la correction « grandis-toi » et la notion du repoussé provenant des pieds. Il apparaît bel et bien que les pieds ont un rôle fondamental en danse classique, tout en ayant beaucoup de fonctions différentes. Nous allons donc les énoncer ensemble, voir les défauts ou travers associés à chacune, et enfin s’intéresser au moyen de les optimiser au travers d’images ou de notions appropriées.

C’est ainsi un très vaste et crucial sujet que nous abordons là en danse classique. Ce sujet sera donc scindé en deux articles distincts mais bien liés tels les 5 orteils du pied ! N’oubliez donc pas de lire le deuxième article dans une semaine afin d’avoir tous les éléments clés en votre possession sur l’utilisation des pieds en danse classique.

Mais à quoi servent nos pieds en danse classique ? La question pourrait s’avérer idiote, mais pas tant que cela ! Souvent nous avons une idée assez vague du rôle de chaque partie de notre corps dans notre pratique de la danse. Du coup en cas de défaut ou de problème technique, nous nous rendons vite compte que nous sommes souvent démunis sans le regard expert du professeur. Il n’appartient qu’à nous de commencer à vraiment analyser notre propre corps, afin de mieux le comprendre, l’apprivoiser, le guider et enfin le libérer pour laisser transparaître notre propre danse.

Nous pourrions analyser en détails la structure anatomique des pieds, afin de mieux comprendre le fonctionnement du pied. Ce serait vraiment passionnant, mais ce blog n’a pas cette vocation. Et je préfère me concentrer avec vous sur les solutions imagées que l’on pourrait apporter à chaque fonction pour la rendre encore plus précise et utile à notre danse.

Ainsi pour chacune des 5 fonctions qui vont suivre au cours de cet article et du suivant, nous allons voir ensemble leur notion, leurs défauts les plus courants et surtout une ou plusieurs solutions afin de les optimiser pour notre danse.

1- L’esthétique

La fonction esthétique est liée tout d’abord à la position du pied. Le visuel du pied est plus harmonieux lorsqu’il est pointé dans l’axe de la jambe ou avec une légère incurvation du côté du petit orteil, talon poussé vers l’avant. Il correspond alors aux codes de la danse classique. Le cou de pied peut avoir plus ou moins de valeur esthétique s’il est prononcé ou non (« avoir du cou de pied »). Un pied bien positionné et en adéquation avec les codes classiques va mettre en valeur une belle ligne de jambe et débuter et/ou finir en beauté une position ou un mouvement de danse.

Artistiquement parlant, le pied peut dire énormément de choses. Il peut transmettre d’une certaine manière une émotion, un état d’esprit, l’atmosphère d’une scène, d’un ballet, d’un style, ou d’un personnage. Nous pouvons alors parler de nuances.

Pour exprimer de la douceur avec un contact léger et contrôlé avec le sol (que ce soit en appui, en pointé ou en l’air), cela passe par la subtilité de contact et un fin délié du pied. Pour un caractère fort et puissant d’un personnage, d’un style de danse ou d’une technique, cela s’exprime au travers de l’appui des pieds prononcé, appuyé, talonné, voire frappé. Il peut y avoir aussi une notion de beauté séduisante, surtout du côté de la danse féminine. Expliquant par exemple, qu’à une certaine époque, la cheville était considérée comme la quintessence de la sensualité chez les femmes. Il en demeure une utilisation certaine en danse classique avec les pointes. Et la beauté de la position des pieds s’avère jusqu’à présent toujours séduisante dans les codes de la danse classique. Nous en recherchons perpétuellement son perfectionnement, et faisons évoluer sa fonction artistique avec l’expérience, en permettant que les pieds expriment avec toujours plus de précision et de beauté une émotion ou un état d’esprit.

Ses défauts

Etant un des points noirs esthétiques en danse classique, les pieds sont souvent la première chose à devoir être conscientisés par les débutants pour correspondre aux codes classiques.

Il n’est vraiment pas simple de trouver les bons reflexes de positionnement des pieds au début (par la suite aussi, rassurez-vous). Ainsi nous entendons beaucoup de phrases très imagées pour décrire nos défauts: avoir les pieds en banane, en serpette, râteaux, crochets, …

Tout danseur est passé par là, même les meilleurs d’entre nous ! Mais alors comment trouver la bonne approche qui nous parlera personnellement ? Et permettra de révéler nos plus « beaux » et « expressifs » pieds ?

Des solutions par notions imagées

Pour aider à la notion de pointé des pieds, nous pouvons utiliser l’image du cou d’un cygne ou celui d’un cheval encapuchonné (voir image ci-jointes). Ces images vont permettre d’avoir une notion d’extension avant de créer la courbure du pied. Cela permet un certain allongement dans chaque articulation du pied (et elles sont nombreuses) afin d’éviter les crispations ou pressions néfastes inutiles.

Travailler ainsi sur des pieds dits « crochets » ou avec peu de cou de pied va permettre de gagner progressivement et dans une certaine mesure, bien sûr, une meilleure extension et un pointé ainsi plus esthétique par rapport aux demandes de la danse classique. Surtout évitons les exercices de torture à mettre les pieds sous des radiateurs, des barres, etc … Des pratiques extrêmement dangereuses pour la santé à long terme de nos pieds. Une musculation dans l’allongement est l’idéal pour obtenir une qualité de délié et de stabilité mais aussi un beau pointé, un pointé « intelligent ». Une forme c’est bien, mais savoir la mettre en valeur et l’utiliser à son plein potentiel, c’est mieux (peu importe que l’on ait beaucoup de cou de pied ou non) !

pied en forme de crochet

Concernant la question des pieds avec le bout de pointes tourné vers le en-dedans (en banane ou serpette), plusieurs facteurs se posent. Souvent cela arrive car le pied est positionné, par exemple, en retiré, passivement, sur le genou de la jambe de terre. Il y a là juste un manque de conscientisation que le pied, même s’il n’est pas en contact avec le sol, doit être présent, vivant, actif. La deuxième est que nous voulons absolument tendre très consciencieusement notre pied et que nous sur-appliquons la correction de « tendre les pieds ». Nous contractons ainsi trop fortement notre pied et il se tord inconsciemment vers l’en-dedans. Les muscles sont soient trop puissants soient déséquilibrés, mais dans ces cas musculairement, la conscientisation du pied en pointé est trop volontaire et manque de mesure.

Pied pointé en serpette

Dans tous ces cas, cela est lié à une action ou manque d’action, mais il manque surtout la notion de direction, capitale pour tout ce qui concernera les pieds. Certains professeurs parleront de poussé le talon en avant ou encore utiliseront une image que certains d’entre nous connaissent déjà, celle de la tasse à café (lors des levés de jambe devant et seconde). C’est une image parlante mais peut-être pas la plus universelle pour toutes les positions de danse.

Ainsi je vous propose celle de la fontaine zen (photo ci-jointe), où le pied joue le rôle de récipient et le bout de la pointe de pied celui du bec verseur. L’eau, telle l’énergie de la jambe, traverse le pied avec douceur pour se déverser par la pointe avec délicatesse. Nous ne voulons pas une mise en forme par force, mais plutôt de manière sensible, organique et efficace pour éviter un pincement au niveau des malléoles externes. Ainsi le pied reste avec une énergie vers l’extérieur en allongement et non une retenue contrainte vers soi.

Portons notre attention sur un dernier point, celui du défaut inverse. Car oui, cela peut être un réel travers et surtout en fonction de notre corps être vraiment néfaste anatomiquement parlant. Pour mettre en avant notre talon, nous avons tous tendance à nous appuyer sur le bout des pieds pour renforcer l’efficacité de la demande. Malheureusement ce réflexe n’est pas adéquat sur le long terme, car il tasse le côté des malléoles externes et crée un pincement qui peut être plus ou moins supporté par notre morphologie. Ainsi, en évitant de le forcer et en pensant à l’allongement du pied nous pouvons rééquilibrer les forces et retrouver une position plus naturelle et organique, toute en respectant bien sûr, l’esthétique des codes de la danse classique.

Tourné du pied pointé
vers le petit orteil

Ainsi, bien présenter ses pieds esthétiquement parlant va aider une autre fonction celle de guide en terme de direction.

2- Le guide ou la projection de trajectoire

La fonction de guide directionnel correspond au fait de pouvoir montrer une direction par les pieds, dans une arabesque, un développé ou un pointé par exemple. Ensuite cette direction peut être appliquée au mouvement, tel un crayon dessinant au sol ou dans les airs, comme dans les ronds de jambes à terre ou en l’air, des fouettés, des grands battements, un entrechat, un saut de chat Balanchine ou encore un grand jeté, … Enfin, les pieds servent aussi à projeter une trajectoire de déplacement du poids du corps, comme pour un piqué, un temps-lié, une glissade, et la plupart des entre-pas ou pas de liaisons.

Ses défauts

Pour l’ensemble des variantes de la fonction de guide, le principal défaut sera de penser les trajectoires ou les dessins de manière trop réduite, pas assez dans l’allongement, avec un manque conséquent d’ampleur.

Par exemple avec un battement tendu devant bien trop près de la jambe de terre, ce qui nous ferait alors monter la hanche. Ou un piqué arabesque trop « sous soi » qui nous amènerait à taper la pointe du pied allant piquer au sol et nous repousserait le haut du corps soit trop en arrière ou trop en avant. Ou encore un fouetté arabesque où la jambe en l’air de part une ampleur de mouvement trop réduite, repousserait la jambe de terre et le bassin en arrière, car son point fixe en quatrième devant, avant de fouetté, serait trop proche.

Ce défaut provoque une danse plus rétrécie manquant alors d’amplitude de mouvements et de déplacement. Le manque d’une propulsion active du pieds opposé (de terre) par rapport au pied directionnel amène un déséquilibre de force et d’énergie entre les deux pieds, et donc entre les deux jambes. Bien sûr la réaction en chaîne va créer un déséquilibre du reste du corps et amener beaucoup de compensations et d’autres défauts en conséquence.

Le défaut inverse est plus rare mais nécessite autant d’attention. Et dans ce cas de figure le pied en l’air tracte la jambe en l’air mais aussi celle de terre en dehors de l’axe de la hanche. Cette situation crée un déséquilibre du bassin, par une trop grande ouverture de celui-ci vers l’extérieur de l’axe médian du corps. Trouver une stabilité de position ou de mouvement deviendra alors très complexe et amènera aussi des compensions.

Rendre le chemin plus concret par les images

Une solution pour aider à prendre conscience de ces directions et ainsi optimiser cette fonction des pieds ? Voyons alors ensemble, si le fait de rendre plus concret le chemin de la direction peut être une bonne piste.

Avant toute chose, il faut que nous gardions en tête d’avoir une très bonne stabilité du bassin grâce aux images réunies des « porte-jarretelles » et de la « toile d’araignée ». Cela est vraiment capital, car sinon les images n’auront aucun effet bénéfique sur notre danse. La base ou ancrage centrale du corps, au niveau du ventre et des hanches, doit être le plus stable, suspendu et tenu possible. A partir de là nous pouvons laisser l’imaginaire guider nos pieds et notre danse.

En statique

En ce qui concerne, les directions de pieds en statique, l’image d’une flèche élastique, donnerait l’idée de direction par la flèche (au niveau de la pointe du pied) et de longueur par rapport aux hanches (points d’ancrage du « porte-jarretelles »). Ainsi a chaque fois, il y a une notion d’étirement et de sensation infinie d’allongement. Cela depuis le point fixe de la hanche, avec un pied voulant se diriger toujours plus loin que sa capacité première. Bien sûr, cette notion est valable dans toutes les positions en statique, à la barre ou dans un adage au centre par exemple. Mais pas que ! Nous le verrons par la suite dans l’article de deuxième partie.

Direction du pied dans l’allongement
crée par l’image d’une flèche élastique

Concernant le trajet directionnel des pieds lors des mouvements, l’image du crayon reste la meilleure option. Le dessin de ce crayon-pied doit être clair, propre, régulier. Nous devons faire attention à ce que les trajets des deux pieds ne se heurtent pas, ni n’empiètent sur l’autre, gardent une sorte d’espace vital.

Direction dessinée par la pointe d’un crayon

Enfin, rajouter l’image du compas peut être d’une grande aide pour les mouvements ronds (ronds de jambe à terre, fouettés, …) afin de renforcer la notion d’axe fixe pour la jambe de terre, tout en ayant la mobilité équidistante de la jambe en l’air ou extérieure. Enfin cela peut être transposable et applicable aussi uniquement pour la jambe en l’air, lors des ronds de jambe en l’air ou petits battements sur le cou de pied par exemple. Ainsi le haut de jambe reste stable jusqu’au genou (cuisse) pour la jambe en l’air, et le bas de jambe devient libre à faire des ronds ou petits battements.

L’image du compas pour avoir
conscience de la stabilité de la jambe de terre

Bien sûr, l’idée de longueur par la flèche élastique est constamment valable et applicable pour chacune de ces images. Et nous devons toujours garder en tête que les deux jambe travaillent ensemble, donc même si la jambe de terre ne bouge pas en apparence et reste stable, l’énergie qui la traverse doit être malgré tout similaire à celle de la jambe en l’air. Nous aborderons plus en détails ce sujet dans la fonction du pied numéro 4.

En dynamique

Enfin, concernant la projection de trajectoire, il nous faut comprendre sa logique pour y associer ensuite une image. Les trajectoires pour les déplacements du corps, d’une jambe sur l’autre, se font de deux manières : par une courbe creuse ou par une courbe bossue. Dans les deux cas, la courbe doit être plus longue que l’écartement de base entre les deux pieds, car nous nous devons toujours de cheminer par le trajet le plus ample, le plus long, le plus étendu, que ce soit par au-dessus (bosse) que par en dessous (creux).

De là, nous pouvons imaginer que dans le cas de la courbe creuse, comme pour aller en piqué arabesque, par exemple, le pied sorti va creuser le sol, telle une truelle. Puis arrivé à son maximum de longueur, le pied arrive à une butée de fin de creusement du mouvement. Cette butée devient ensuite le repère où l’on va amener le poids du corps et donc transférer le corps entier pour l’amener dans la position final recherchée.

Courbe creuse avec l’image
du creusement par la truelle

Pour la courbe bossue, la notion de suspension avant le transfert du poids du corps, va être évoquée par l’image d’un baudrier nous soutenant sur toute la courbe jusqu’au moment d’arriver en contact avec le sol. Nous verrons cette notion là plus en détails par la suite dans le second article avec la fonction numéro 5.

Courbe bossue avec l’image de
la suspension par le baudrier

Dans ces deux cas de figure, le contact au sol est toujours doux, respectueux, sans brutaliser le corps. Et nous remarquons finalement que c’est la jambe de terre, la jambe de propulsion du poids du corps, qui créer l’inertie du mouvement par les pieds. Ainsi la jambe sortie peut être assimilée à un gouvernail d’un bateau, tandis que la jambe de propulsion à la puissance de son moteur (ou de la force du vent).

Finalement le pied au contact du sol reste le plus important de part sa fonction de puissance de projection, de propulsion mais aussi et surtout de celle de stabilité et d’appui. La base de tout le travail de contact des pieds en danse classique.

La suite dans la seconde partie

Nous verrons ainsi dans le prochain article, toutes les autres fonctions : celles d’appui, de stabilité et de propulsion. Nous verrons comment les aborder, les comprendre afin de corriger leurs travers, et enfin les optimiser pour les adapter à votre propre corps et façonner vos pieds à l’image souhaitée de votre danse.

Prochain article : Comment bien utiliser ses pieds en danse classique ? (2/2)

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