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La correction « grandis-toi »

Le professeur de danse classique fait souvent appel à la correction « grandis-toi ». Mais que signifie t-elle réellement ? Comment l’aborder ? Enfin, la projection vers le haut est-elle vraiment la meilleure réponse ?

Pourquoi se « grandir » ?

Et bien nous le faisons en ce moment même, pour contrer la force d’attraction terrestre, pour contrer le poids, et créer la normale (petit rappel de nos cours de physique). Si nous n’avions pas cette normale, nous nous effondrerions et ne serions vraiment pas grand chose. Ainsi nous nous grandissons par cette contre-force, pour nous permettre de nous tenir debout.

Ainsi en danse, lorsque nous entendons la correction « grandis-toi », cela doit signifier de renforcer ce repoussé du sol, cette normale. Mais pour quelles raisons exactement ? Souvent c’est pour permettre un allongement du corps, pour lutter contre un tassement momentané du corps dans un mouvement ou une position.

Cette demande peut d’abord avoir un but artistique. Comme de paraître plus grand(e), plus élancé(e), d’obtenir une impression d’auto-légèreté de la part du corps dansant. S’accordant, par exemple, parfaitement avec l’idée du romantisme dans certains ballets, ou encore pour des rôles plus autoritaires, dominants ou puissants.

Puis cette correction peut avoir un but technique. Comme celle d’absorber au maximum le choc d’un atterrissage de saut, en se grandissant. Ou encore de pouvoir être droite dans la plupart des mouvements de danse pour avoir un équilibre, ou bien, limiter les conséquences visibles de la fatigue physique pendant l’effort. Ce domaine technique est le plus souvent à l’origine de la correction « grandis-toi ».

Enfin, cette requête peut avoir un but purement anatomique. Pour réellement donner de l’espace dans les articulations et plus particulièrement entre les vertèbres, afin de créer un étirement de la colonne vertébrale de manière très active. Cette notion peut être très bénéfique pour le corps, si elle n’est pas excessivement appliquée.

Comment se « grandir » ?

Pour la plupart d’entre nous, « se grandir » signifie d’essayer de devenir la version la plus grande de nous-mêmes : s’auto-grandir. Mais nous avons chacun une vision différente et personnelle de ce qu’est un auto-grandissement.

Certains vont bomber le torse tel un soldat au garde à vous. D’autres vont crisper la nuque en imaginant l’auto-grandissement par une tension non mobile de la tête, mettant ainsi à vue une grande partie de la musculature tendue du cou. Pour ces deux cas de figures, l’auto-grandissement sera dans l’idée d’action et de tension et non dans l’idée de sensations. Là encore nous générons un corps complètement figé, crispé et non mobile. La rapidité demandée dans certains pas de danse accentue cette raideur et ne permet pas au corps d’y répondre avec une adaptabilité et malléabilité adéquates. De plus, lors de la prise d’équilibre, le corps se raidit alors tel un piquet en proie au vent qu’un rien peut faire tomber. Cette vision de l’auto-grandissement n’est donc pas adaptée lorsque l’on souhaite obtenir une danse organique, facile et naturelle.

Pour d’autres, cet auto-grandissement est visualisé par l’image d’un arbre ancré au sol par ses racines et se déployant à sa cime au travers de ses branchages et feuillage. L’image est en apparence plutôt excellente. L’ancrage au sol est très important pour avoir une certaine stabilité, et le déploiement des branches de l’arbre peut faire penser à nos « ailes d’ange » de l’article sur la correction « baisse tes épaules ». Mais une chose m’ennuie alors, l’image du tronc pour le reste du corps, avec une notion de force, de solidité, mais aussi et surtout, de raideur. Cela est complètement en désaccord avec l’idée d’un corps malléable, libre même si le côté organique est bien présent. Mais ce côté organique est très intéressant, intriguant même, et pourrait bien être une piste pour permettre d’unifier totalement nos sensations dans notre propre corps.

Une image ou une énergie ?

Au travers des quatre derniers articles, sur les corrections « rentre ton ventre », « baisse tes épaules », « rentre tes fesses » et « tends tes jambes », nous avons découvert quelques images intéressantes. Elles ont pour but chacune de participer à l’unification du corps en terme de sensations. Un seul thème très important n’a pas encore été abordé : le contact au sol. Peut-être est-ce là, la réponse à notre auto-grandissement ?

Le « repoussé »

Comment voyons-nous ce contact au sol ? Pour certains, cela va se traduire par une sorte d’enfoncement imaginaire au sol, pour les équilibres par exemple. Ou encore par un appui fort et puissant pour assurer une certaine stabilité à l’atterrissage d’un saut. Ou enfin, par un contact délicat pour permettre un travail de pointes léger et fin. Le point commun à toutes ces approches de contact au sol, c’est qu’elles sont souvent focalisées sur la zone des pieds (ou au moins du bas corps). C’est bien normal me direz-vous ! Oui et non, je m’explique.

Certes les pieds sont les premiers en contact avec le sol, mais se concentrer sur les pieds, et donc sur une seule zone du corps, écarterait d’office cette unification naturelle que nous recherchons dans le corps, depuis le début de cette approche. Notre attention sera alors portée sur cette nuance d’appui de danse et non sur la perception entière et complète du corps. Mais alors, les pieds ne pourraient-ils pas être la porte d’entrée à la sensation de l’appui, afin de la transmettre au reste du corps et ainsi garder le corps unifié ? C’est que nous allons découvrir ensemble.

Comme nous l’avons vu dans le premier chapitre, nous essayons de nous auto-grandir pour contrer l’attraction terrestre qui nous tracte vers le sol. Ainsi notre corps se repousse sans cesse du sol, de manière plus ou moins inconsciente, pour ne pas s’effondrer sur lui-même.

Les pieds sont ainsi le premier lieu de repoussé du sol, car ils sont les premiers en contact avec le sol, quand nous sommes en position verticale. Ils sont ainsi comme une porte d’entrée au repoussé pour le reste du corps.

Mais quel est ce repoussé ? Doit-il être fort, doux, actif ou passif ? Rien de tout cela. Il se doit d’être simplement organique, vivant. Là n’est plus une question de force ou de contenance, mais plutôt une question de diffusion à travers l’ensemble du corps. Cette diffusion se fait alors de manière équilibrée, homogène dans chacune des parties du corps. Cette qualité de diffusion va permettre d’unifier les sensations dans le corps. Ce que nous recherchons depuis le début, pour rendre notre danse plus organique, simple et naturelle.

Mais comment peuvent se conjuguer les images évoquées dans les précédents articles et cette diffusion homogène du repoussé dans tout le corps ? Par une nouvelle image, qui serait une de plus parmi d’autres ? Pas exactement. Plutôt par une qualité de sensation qui lierait ces images, par une certaine énergie organique du corps.

La « montée de sève d’un arbre » ou l’énergie organique du corps

Les images des « ailes d’ange », de la « toile d’araignée », du « porte-jarretelles » et des « ressorts » font parties d’un grand tout. Celui de permettre d’unifier le corps par des sensations justes, tant au niveau du positionnement des ancrages, que des directions de ces sensations, ainsi que de leurs intensités. Chacune de ces images a une notion très importante d’allongement, de stabilité et d’équilibre naturel. Chacune a son propre effet sur sa zone concernée, tout en ayant en même temps, une répercussion positive de détente et d’allongement sur d’autres zones du corps. Toutes ces zones et images correspondantes sont liées par résonance. Ainsi en les accordant, le corps s’allonge naturellement sans sur-tension, ni actions compensatrices, et donc s’auto-grandit de manière équilibrée et facile.

Cette simple addition ou superposition d’images et de leurs sensations respectives ne devrait-elle pas être suffisante pour solutionner la correction « grandis-toi » ? Logiquement oui. Mais il manque encore la liaison avec le sol. Nous avons vu précédemment que les pieds pourraient bien être une porte d’entrée ouverte du corps au repoussé du sol, afin de permettre une homogénéisation de ce repoussé. De quelle manière ? Par quel moyen ? Une image pourrait-elle correspondre et illustrer au mieux cette diffusion organique du repoussé ?

Mieux qu’une simple image, c’est la notion d’énergie, grâce à la visualisation de la montée de la sève dans un arbre, qui pourra le mieux illustrer cette sensation. La sève d’un arbre se diffuse de manière très homogène et d’une même densité dans chaque partie de l’arbre. Elle est toujours amenée dans une montée et nourrie chaque élément de l’arbre pour lui donner son essence de vie. Chaque élément de l’arbre à sa propre fonction mais est nourrie par la même matière : la sève.

Le parallèle avec le corps se fait assez facilement, en assimilant la sève à l’énergie de repoussé. Elle est ainsi diffusée depuis le contact au sol, jusque dans chacune des parties les plus infimes du corps. Cela avec la même densité, la même présence organique. Chaque infime particule du corps est alors conscientisée par son propre repoussé de l’attraction terrestre. Ainsi l’union fait la force tout en douceur et coordination. Elle permet de rendre présent et en conscience chacune de ces parties, que ce soit en position statique ou en dynamique. Le corps est ainsi unifié, organique, libre de mouvements, ouvert à se mouvoir de manière naturelle, simple et dans l’allongement. Et la correction « grandis-toi » est ainsi assimilée de manière simple et imagée

La montée de sève

Imaginez vous, en verticale, les pieds en première position et les yeux fermés. De là, visualisez un liquide d’une certaine épaisseur, ni trop épais, ni trop liquide. Cette sève, va donc se diffuser depuis vos points de contact au sol des pieds, jusque dans chacune des particules de votre corps, de manière douce, continue, et homogène. Cette montée de sève dans tous votre corps peut suivre, selon votre goût, le système sanguin, nerveux ou lymphatique, ou simplement suivre votre propre imagination. Le plus important étant que cette montée de sève, représentant le repoussé de chaque partie du corps par rapport au sol, soit diffusée vraiment partout avec la même intensité.

Conclusion et conseils d’application de cette première série d’articles sur la posturologie en danse classique

Nous avons ainsi vus ensemble, les « 5 corrections courantes les plus données en cours de danse classique ». Ce sont déjà 5 points très importants de posturologie en danse. Ils seront une base pour appréhender et corriger chacun des mouvements que nous pouvons aborder en danse classique.

Quand un pas ne fonctionne pas et qu’aucune raison mécanique ou technique n’en ressort, analysez votre corps et checkez chacune de ces images, notions et sensations associées. Souvent la réponse s’y trouve. Mais n’oubliez jamais, si une tension s’installe c’est que vous compensez et donc que votre posture conscientisée n’est pas juste. Réquilibrez-la, allongez-la, respirez et trouvez la détente dans chaque posture ou mouvement.

Nous verrons dans le prochain article, cette fameuse porte d’entrée de ce repoussé : les pieds !

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