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La correction « baisse tes épaules »

Comme pour beaucoup d’entre nous, la correction traditionnelle de « rentrer son ventre » va amener à un blocage de la respiration, et du coup à une montée des épaules. C’est alors que le récurent « baisse tes épaules » fait son apparition! Pourquoi cette correction reste-t-elle omniprésente même pour les plus aguerris d’entre nous ? Quelles erreurs éviter ? Nous allons donc découvrir ensemble, l’images et ses points d’ancrage qui pourraient nous aider enfin à ne plus compenser.

Pourquoi montons-nous les épaules lorsque l’on danse ?

Des pieds douloureux ? Une respiration en apnée ? Une difficulté technique ? Les origines de cette montée d’épaules peuvent être très variées. Découvrons-les ensemble.

La toute première, est celle dont je vous ai parlé en introduction: le rentré du ventre traditionnel. Pourquoi ? Et bien par réflexe naturel! Nous rentrons notre ventre sur une inspiration, et anatomiquement notre cage thoracique se gonfle et les épaules montent. Là est toute la question de rentrer son ventre d’une autre manière (à retrouver dans l’article « rentre ton ventre ») afin de ne pas avoir cette montée des épaules.

Ensuite, je dirais par l’apnée d’effort. Souvent lors d’un effort physique ou lors d’une très grande concentration sur quelque chose, nous bloquons inconsciemment notre respiration. Celle-ci est le plus souvent arrêtée en position d’inspiration et donc avec des épaules levées et bloquées.

Puis vient la difficulté technique, qui nous occulte complètement ou partiellement toute sensation de maintien des épaules basses. Un exemple ? Vous voulez à tout prix monter la jambe plus haute en arabesque ou dans un grand battement. Vous essayer de suivre une musique d’exercice de pointes ou de petite batterie bien trop rapide. Ou encore vous voulez vous essayer à une nouvelle combinaison de fouettés pendant la coda, etc… Les exemples sont nombreux et nous en avons tous un qui nous vient instantanément en tête. Mais alors pourquoi aussi souvent, aussi couramment, même pour les plus « Grands » d’entre nous ? Et bien nous allons revenir à cette fameuse concentration qui quand elle est très intense, nous amène à oublier tout le reste du corps. Cela se traduit donc par, soit un manque d’attention et un oubli de garder en conscience le reste du corps, soit par une apnée d’effort, comme vu précédemment.

Le suivant, mais pas des moindre, la montée des épaules pour cause de douleurs. Celle-ci nous la connaissons depuis nos plus jeunes années par nos différentes expériences de vie. Le plus souvent, un mal d’ongles, une ampoule dans les pointes, de l’arthrose au genou ou une inflammation des hanches,… provoquent immédiatement une montée réflexe des épaules. Cette montée s’accompagne le plus souvent d’une crispation de tout le reste du corps ainsi que d’une apnée compensatrice pour faire face à cette douleur.

Enfin la dernière et la plus sournoise: le stress! Un passage en solo pendant un spectacle, un directeur qui passe pendant le cours, une audition, etc… Là encore c’est notre respiration qui nous fait défaut. Le stress créer une accélération du rythme cardiaque et par conséquent une accélération de notre cadence respiratoire. Le stress monte, le cœur s’emballe et la respiration devient haletante. Il ne manque plus qu’un petit coup d’apnée d’effort due à une difficulté technique (ce qui est souvent le cas) et là nous avons le combo gagnant, d’épaules hautes comme des montagnes !

Une autre raison pourrait être annexée mais celle-ci est d’ordre physique (une tension dans le cou, une douleur pathologique, un blocage des vertèbres). Dans ces cas là, je vous conseille d’aller voir un thérapeute ou un médecin.

Si vous avez pu observer, le point commun à toutes ces diverses origines est la respiration ! Elle est donc un élément clé pour conserver une danse libre et naturelle. Nous verrons ensemble, un peu plus loin dans l’article, comment se libérer de ces compensations et danser tout en respiration avec notre corps.

Les « non- solutions » du monde de la Danse

Comme ce défaut de monter les épaules peut être très persistant, beaucoup se sont essayer à trouver des solutions théoriques ou même mécaniques à ce problème. Nous allons voir quelques-unes des solutions les plus entendues dans le monde de la Danse.

La première à laquelle je pense est celle de resserrer les pointes d’omoplates vers le bas. Pas si incohérente que cela me direz-vous ? Seulement en apparence! Cette solution va créer une lordose dorsale au niveau du dos (cambrure au niveau des vertèbres dorsales), une ouverture excessive de la cage thoracique vers l’avant et par conséquent un blocage majeur des mouvements respiratoires. Ainsi nous forçons une position contre-nature qui nous empêche d’avoir une position correcte de la cage thoracique. D’autres actions compensatrices découleront de cette solution, une réaction en chaîne à éviter pour simplifier notre danse.

La deuxième serait une des plus anciennes : celle de se plaquer son dos contre un mur et d’essayer de coller complètement ses épaules contre le mur. Rien qu’en essayant on s’aperçoit vite que ce n’est pas du tout physiologique. Cette solution, qui à la base est pour éviter les fameuses « ailes de poulet » et pour bien positionner les épaules, ne peut absolument pas être efficace pour solutionner notre problème d’épaules, voir au contraire l’intensifier à l’effort.

La solution suivante est visuellement plutôt de l’ordre de la torture avec le fameux harnais d’épaules! Celui qui vous prend les épaules, se resserre en croix dans le dos et se rattache sur le devant des côtes. Tel la grosse ceinture de taille élastique, ce harnais vous obligera à être dans une certaine position sans conscientiser votre posture, en mode passif. Et donc sans un minimum de conscience musculaire, la position sera peut être juste avec le harnais, mais dès qu’on l’enlèvera, le naturel reviendra vite au galop…

La dernière est de penser à étirer son cou vers le haut, tout en abaissant fortement les épaules vers le bas. En toute logique, cela devrait être la meilleure solution. Mais en réalité pas tout à fait! Aller dans l’action n’est jamais bon car cela signifie forcer un mouvement. Qui dit forcer, dit isoler, et isoler cette partie du reste du corps serait une erreur. Pourquoi ? Là est toute la subtilité de mon approche pour mettre en concordance notre corps et l’exigence de la danse classique.

Trouver l’osmose entre la danse classique et notre corps

L’alignement du corps, une première étape essentielle

Nous avons vu précédemment que la position de la cage thoracique avait une incidence sur notre respiration et donc sur la montée des épaules. Mais comment trouver cette bonne position ? Nous parlons seulement depuis le début du haut du corps, mais cette bonne position est surtout liée au reste du corps.

La tête, la ceinture scapulaire, la ceinture pelvienne et l’appui des pieds doivent se trouver dans un même équilibre, un même alignement.

  • L’alignement, pour le positionnement physique, anatomique, en lui-même (musculaire, articulaire, osseux).
  • L’équilibre, pour l’idée de malléabilité, de suspension et d’adaptabilité du positionnement du corps, dans toutes les circonstances de mouvements et d’efforts.

La sensation qui permettre de trouver les deux ensemble, sera la sensation de neutralité. La neutralité sera pour nous, la sensation qu’aucune tension compensatrice est perceptible, une décontraction naturelle, sans forme, contrainte, ou lignes extérieures particulières. Juste une sensation d’un «rien » imaginaire, car réellement il n’en est rien, bien au contraire! Cette sensation de neutralité sera, dans mon approche, toujours l’équivalent d’une page blanche pour un écrivain, où tout est à créer, à mettre en forme pour le corps et l’imaginaire. Une base pour mettre en place nos images sensorielles. J’y ferais très souvent référence.

Ensuite, faisons le lien avec les autres parties du corps.

  • Avec le ventre. Comme nous avons pu le voir avec l’article précédent « rentre ton ventre », la « toile d’araignée » prend ancrage, en haut, sous la poitrine tout en allant dans le dos jusqu’à la pointe du bas des omoplates. Notre lien est déjà crée avec cette image, et normalement elle amène naturellement la ceinture scapulaire en position neutre (alignée et en équilibre). Le lien se fait par une sensation d’apaisement, car le corps est unifié en position naturelle.
  • Avec le cou et la tête. Si le ventre et la ceinture scapulaire se mettent correctement en lien, alors la position de la tête viendra naturellement. Les sensations que nous pouvons percevoir sont un grandissement de la nuque de manière douce et homogène et un relâchement des muscles autour de la mâchoire amenant notre tête en équilibre naturel au dessus de notre colonne vertébrale.
  • Avec les jambes. Si le haut du corps est en équilibre par rapport au ventre et au bassin, notre « toile d’araignée » fera le lien et permettra d’éviter d’avoir le haut du corps non aligné par rapport à notre appui plantaire.

Une fois, que l’ensemble est mis en lien de manière neutre (ce qui ne veut pas dire passif) et naturelle, nous allons pouvoir aborder l’image des « ailes d’anges ».

La respiration des « ailes d’ange »

Une petite parenthèse personnelle pour expliquer l’origine de la sensation correspondant aux « ailes d’ange » :

Mes parents sont de fidèles praticiens d’art martiaux, et depuis toute petite, mon père trouvait que certains préceptes pouvaient peut-être m’apporter une aide. Il avait raison, car il m’a tout de suite parlé de la relation Terre-Ciel, pour comprendre le grandissement et commencer à percevoir la sensation du « senti » : une force interne, douce, une puissance du corps naturellement augmentée. Ces mots et conseils m’ont toujours accompagnés dans mes recherches, tout particulièrement pour le travail du haut du corps. J’ai réussi à commencer à reporter ce « senti » correctement dans mon corps à partir du moment où j’ai commencé à enseigner. Ainsi, la recherche de douceur active entre les omoplates, l’extension et ouverture latérale et en suspension des têtes d’épaules, et enfin l’allongement conscientisée du cou avec abaissement apaisé des épaules, m’ont amenés à essayer de trouver une image correspondante en visuel et en caractéristiques.

De là, une seule m’est venue. Elle remplissait vraiment tous les besoins nécéssaire au maintien des épaules basses par un équilibre de la cage thoracique, toujours en lien avec le rentré du ventre en « toile d’araignée ». Ce sont les « ailes d’ange ».

Oh la, la , mais où allons nous avec cette image, me direz-vous ? Certes une aile d’ange n’est en rien concrète, car elle n’existe pas dans la réalité d’aujourd’hui. Mais voyons comment nous pourrions nous l’imaginer, ainsi que ses potentielles caractéristiques. Alors, gardez l’esprit ouvert, mais surtout un haut du corps stable et détendu pour vous laisser guider par l’imaginaire.

Mettez vous debout, en première position des pieds confortable, le ventre conscientisé en toile d’araignée et le haut du corps neutre et en équilibre avec les autres parties du corps. Fermez ou non les yeux selon vos besoins.

Les « ailes d’ange » prennent ancrage dans le de dos, à environ l’équivalence d’une largeur de main sous les pointes basses des omoplates. De là, imaginez que ces ailes se déploient de cet ancrage, vers le haut jusqu’à la base de votre tête ( au niveau des oreilles). Et en carrure, de l’équivalence d’une main plus large que vos épaules. Ainsi vos ailes imaginaires sont d’une taille assez modeste mais avec des plumes d’une douceur et légèreté infinies, dégageant une certaine énergie magnétique.

Imaginez ces ailes faisant partie intégrante de votre corps, elles suivent littéralement vos respirations qui deviennent de plus en plus amples par le dos. Imaginez ces ailes suivrent en parfaite harmonie chacun de vos mouvements du haut du corps. Ainsi lors d’un léger arrondi du haut du corps vers l’avant, ces ailes se ploient vers l’avant aussi dans une même et unique respiration à l’unisson. Pour un épaulement vers un côté, sentez les plumes de ailes longer votre menton et devenir un doux guide voire un soutien pour bien positionner votre tête…

L'image des ailes d'ange pour baisse tes épaules

Les possibilités de malléabilité de cette image sont infinies, seul votre imaginaire peut la limiter. Mais les sensations de douceur, de légèreté et d’impression d’apaisement, de sécurité sont primordiaux, d’où l’idée d’ailes protectrices, souples, agiles et puissantes, mais avec les notions de douceur et légèreté grâce aux plumes. Mais alors pourquoi si petites? Et bien pour éviter la notion de ballant lors des mouvements. Mais elles pourront être amenées à s’agrandir et prendre davantage de carrure lors de certains pas techniques où il y aura un besoin de stabilité et d’amplitude.

Mais qu’apporte cette image « d’ailes d’ange » en plus du travail préparatoire, précédemment fait, sur l’alignement et l’équilibre du haut du corps ? Une autre dimension à proprement parlé! Une dimension vivante et organique. Ainsi, pas uniquement un juste positionnement, qui restera d’une certaine manière, toujours passif dans les mouvements.

Certains d’entre nous, penserons à la correction de « respirer par son dos ». Mais telle une action, il y a toujours une part de volonté à forcer un certain mouvement, qui là n’est pas naturel et en plus accentuera finalement la montée des épaules. Alors que la suggestion par l’imaginaire et la visualisation permettront de ressentir de manière naturelle et non forcée, une des exigences de la danse classique: les épaules baissées.

Ainsi, quelles sensations de référence sont alors crées par l’image des « ailes d’ange » ?

  • Une sensation de légèreté dans tout le haut du corps (voire même avec une résonance sur l’ensemble du corps) , grâce à l’image du déploiement des ailes , faites de plumes d’une grande légèreté et douceur. Et aussi l’image que l’on se fait d’un ange d’une grande légèreté.
  • Une sensation de grande liberté et malléabilité, grâce à l’idée de souplesse et de connection organique des ailes à notre corps.
  • Une sensation de stabilité suspendue, sans tension, tout en agilité dans les mouvements en déplacement spatial, grâce à l’idée des ailes en permanente connection avec le corps et à leur envergure plus ou moins évolutive.

Mais surtout, l’image des ailes est celle d’un élément vivant, réagissant à nos respirations, nos émotions et notre interprétation. Ainsi nous allons voir dans ce dernier chapitre, en quoi cette image et les sensations qui en découlent pourraient nous aider dans le domaine artistique.

Le pouvoir « magique » des « ailes d’ange »

Et oui, l’auriez-vous imaginé ? Partir de la correction « baisse tes épaules » pour en arriver à parler d’artistique ? Pas si surprenant que cela, vous allez voir…

Avez déjà entendu parlé d’ « aura » , de « présence », de « lumière », d’être « solaire » ou encore de « rayonnement scénique » ? J’en suis certaine ! Qu’est ce que c’est ? Sa définition générale, courante et littérale du terme est : une atmosphère immatérielle qui semble émaner d’une personne.

Mais qu’est-ce que cela veut dire en danse ? Et bien cela parle de notre capacité à faire rayonner une partie de nous-mêmes, de notre « moi » profond, de nos émotions, de notre ressenti intrinsèque et très personnel vers l’extérieur, en dehors de notre corps, vers un public par exemple.

Aviez-vous déjà réussi auparavant à comprendre cette « aura » ou ce « rayonnement scénique » ? A savoir comment se les approprier, se les imaginer ? Peut-être certains d’entre nous, bombaient le torse, levaient le menton. Cela donnait peut-être le change sur des mouvements brillants, explosifs, mais sur des passages qui doivent être emplis de douceur et de subtilité, est-ce finalement une si bonne approche ?

Nous avons précédemment, abordé la notion de « senti », avec de la douceur, de la légèreté et une puissance naturelle augmentée. Ce « senti » est invisible, mais nous allons le mettre en forme sous l’idée d’une dispersion, plus ou moins importante, plus ou moins puissante, de fines particules lumineuses en suspension dans l’air. Imaginez que ces fines particules lumineuses émanent de vous, et transpirent au travers de chacune des plumes de vos ailes, de manière continue, linéaire et multi-directionnelle. Ça y est, vous commencez à l’imaginer ? Cela est l’ « aura « (ou les autres termes similaires). Son champs de rayonnement peut-être plus ou moins étendu et puissant en fonction de l’interprétation que l’on souhaitera donner d’une situation ou d’un geste. Ce « senti » devenant alors une énergie communicante.

De là, libre à vous de le conscientiser, amplifier et utiliser à votre guise ce magnifique outil de communication, de générosité et de partage. Nous reverrons certainement dans un futur article cette notion de « senti » se transformant en aura, en énergie de communication, de manière plus approfondie et dans des circonstances dynamiques.

En conclusion, l’abaissement des épaules concerne bien plus de domaines que simplement une action mécanique, anatomique. Il engage une unité d’équilibre du corps, afin de le rendre respirant, léger, stable et puissant, tout en lui donnant une fonction de vecteur d’énergie. Mais une unité réelle du corps n’est possible, que si chaque partie du corps est lié entre elles par une sensation unifiante. D’où l’image des  « ailes d’ange » en lien étroit avec la « toile d’araignée » (comme abordé dans l’article précédent) , et qui sera aussi en lien avec celle relative au bassin. Ainsi nous aborderons la correction « rentre tes fesses » dans le prochain article.

Prochain article : la correction « rentre tes fesses »

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